lundi 23 avril 2012

La dangereuse tentation de la démission économique

Plus du tiers des électeurs a choisi de voter en faveur de candidats récusant d’une manière ou d’une autre le système économique actuelle. Ils semblent ainsi cautionner la sortie de l’euro, le protectionnisme, l’étatisme ou le dirigisme…

Ce vote témoigne d’une peur, d’une incompréhension mais il est également le produit d’un décalage croissant entre le discours politique et la réalité. A force de promettre que tout est possible, que la France peut continuer de vivre au-dessus de ses moyens, peut continuer à accroitre indéfiniment ses dépenses publiques ou ses impôts, il n’est pas surprenant que les Français ne comprennent pas pourquoi il leur est demandé de réaliser des efforts. A force d’avoir fait de l’Europe, des banquiers, des marchés financiers de parfaits boucs émissaires, il ne faut s’étonner que les Français demandent moins d’Europe et des sanctions sur les soi-disant profiteurs.

Le premier tour de l’élection présidentielle démontre qu’une part croissante de la population récuse le modèle de l’économie de marché. Or, la France est un des pays d’Europe le moins ouvert sur l’extérieur. Notre pays importe deux fois moins que l’Allemagne qui, grâce à sa meilleure intégration au sein du commerce international, a réussi à conserver une industrie dynamique. La fermeture des frontières amputerait le pouvoir d’achat des Français et les empêcherait d’accéder à de nombreux biens de consommation à bas prix.

Aujourd’hui, le débat ne devrait porter que sur l’amélioration de la compétitivité de l’économie, sur le renforcement de l’offre, sur l’augmentation de l’investissement, sur la montée en gamme de nos produits et de nos services.

Dans le vote extrémiste, il y a une perte de confiance en soi, il y a un renoncement évident. Il y a comme une volonté de sortir du jeu. Pourtant, LVMH, Hermès, Airbus prouvent, chaque jour, que la France peut gagner à l’exportation. De même, les étrangers ont bien souvent plus confiance en nous que nous en nous-mêmes. La France compte parmi les pays qui reçoivent le plus d’investissements d’origine étrangère.

La France est un pays socialiste et de longue date. Le poids des dépenses publiques dépasse 50 % du PIB depuis plus de 25 ans. Les prélèvements obligatoires pèsent plus de 43 % du PIB. L’Etat, les collectivités locales, les régimes sociaux ont dépensé sans compter pour atténuer les crises ; il est certainement plus que temps de se demander si le maintien d’une telle couverture sociale est tenable, justifiée et efficace. Le problème est que le démontage d’un tel édifice fera des victimes. Compte tenu du mur de dettes, de toute façon, de manière plus ou moins explicite, une remise à plat s’imposera.

La croissance, c’est du travail, du capital et du progrès technique ainsi que de l’énergie. Nous avons décidé de limiter le travail avec la loi sur les 35 heures. Le capital est un mot toujours honni dans notre pays ; les bénéfices sont considérés comme uns spoliation réalisée au détriment des travailleurs. Le progrès technique n’a la cote que sous forme de biens importés comme les I Phone ou les I Pad ; en revanche dès qu’il s’agit d’innovations à mettre en œuvre sur notre territoire, les oppositions se déchainent. Il en est ainsi avec les OGM, le gaz de schiste, les pétroles bitumineux… Dans ces conditions, il est assez logique que la croissance fasse défaut depuis plusieurs années. Les Etats-Unis ont renoué avec la croissance grâce à une flexibilité de leur force de travail, grâce à un rebond de l’investissement et également du fait d’une énergie abondante. L’Allemagne a réussi à accumuler des excédents commerciaux en maîtrisant ses coûts et en maintenant un niveau élevé d’investissement.

dimanche 22 avril 2012

Les retraites face aux contraintes économiques



Philippe Crevel a devant des conseillers en gestion en patrimoine, à Aix en Provence, exposé les défis auxquels le prochain gouvernement sera confronté en matière de retraite pour les prochaines années. Il a également tracé les conséquences en matière de pensions de l'application des différentes réformes depuis 1993.

Retrouver les slides de la présentation

samedi 21 avril 2012

Conjoncture : dossier du mois d'avril 2012


Si les menaces d'une récession dure se sont atténuées, il n'en demeure pas moins que l'économie mondiale et en particulier la zone euro sont confrontées à une série de crises qui sont interdépendantes et qui sont loin d'être réglées. Pour la France, la priorité devrait être donnée à la recherche de la compétitivité, à l'investissement et à la montée en gamme de la production. Il est, en effet, indispensable de réduire au maximum le déficit commercial afin de dégager des actifs permettant de faire face aux échéances budgétaires et au vieillissement de la population. Lire le dossier complet

lundi 16 avril 2012

L'inflation en zone euro fait de la résistance

A cause de l'évolution des prix de l'énergie mais aussi en raison de la rigidité des prix à la baisse, l'inflation demeure en zone euro malgré le ralentissement économique.

Ce n'est pas l'augmentation de la masse monétaire qui génère la hausse des prix car les acteurs économiques privilégient le désendettement et la recherche de la solvabilité (banques/assureurs). L'injection de liquidités n'a pas abouti à gonfler la demande.

Les entreprises n'ont pas, en revanche, décidé de réduire leur prix car elles tentent d'améliorer leurs marges afin, en autre, de se désendetter. La reconstitution de leurs marges, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, ne débouche pas sur un accroissement de l'investissement. Par ailleurs, les salaires sont également rigides à la baisse malgré le fort taux de chômage. De ce fait, il est assez logique que dans un contexte d'augmentation des cours des matières premières, l'inflation en zone euro ait tendance à rester au-dessus de 2,3 %. Compte tenu du niveau de croissance, quasi nul, ce taux est élevé. Les Etats peuvent s'en accommoder car il érode le montant de la dette publique. En revanche, il provoque une baisse du pouvoir d'achat.

La zone euro est également confrontée à des rigidités qui favorisent l'inflation. La distribution du pétrole constitue un exemple parmi d'autre. L'écart entre le pétrole vendu aux Etats-Unis et celui en Europe, hors taxe est de 20 dollars.

La surréglementation de nombreux marchés est également inflationniste (services, santé...).

vendredi 13 avril 2012

Au-delà des promesses électorales, il y a l'économie


La France a connu, en 2009, comme le reste du monde sa plus grave crise depuis 1945. Depuis deux ans, les économies occidentales tentent de trouver des solutions pour éviter la répétition de la crise de 1929, c'est-à-dire une longue période de stagnation. 


Les menaces sont nombreuses. Elles sont d’ordre structurel : vieillissement de la population, tendance à l’augmentation des prix des matières premières, faibles gains de productivité, endettement élevé des Etats des pays occidentaux. Elles sont aussi d’ordre plus conjoncturel : risque de contraction du crédit à l’exportation, ajustement économique et financier en cours générant un accroissement du chômage.


Les plaies des crises bancaires et financières sont longues à se cicatriser. La restauration d’un nouvel équilibre plus stable signifie des ajustements en profondeur : diminution de l’endettement non productif, amélioration de la compétitivité et développement de l’offre ou à défaut diminution de la consommation.


L’économie, comme souvent voire comme toujours en France, n’aura pas été au cœur de la campagne électorale. Le principe « l’intendance suivra » aura été la règle. Au début de la campagne, le thème « produire en France » avait retenu l’attention avant d’être éclipsé par d’autres slogans. 


Néanmoins, il y aura eu une constante avec la recherche de bouc-émissaires. Ce sont « les riches » et « le secteur financier ». Ils ont permis d’occulter les vraies questions économiques qui se posent à la France : comment développer l’offre ? Comment repositionner sur le haut de gamme l’outil industriel ? Comment faciliter le financement des entreprises ? Comment favoriser l’investissement et donc les bénéfices ? 


Il est plus facile d’accuser les banquiers et les traders de tous les maux de la terre que d’admettre que ce sont les Etats qui achètent depuis plus de 20 ans de la croissance à crédit. Il est plus facile d’affirmer que les institutions financières sont responsables de la crise que de revenir aux fondamentaux de la croissance, c'est-à-dire du travail, du capital et du progrès technique. La dérégulation financière a été initiée dans les années 80 afin de faciliter le financement des Etats. Les subprimes et autres produits dits toxiques ont été alimentés par des taux d’intérêt faibles imposés au nom du maintien de la croissance à un niveau acceptable. Les pays dits avancés ont eu recours à un double dopage, budgétaire et monétaire. 


Depuis 1981, le débat économique n’a que très peu progressé. Il est toujours très difficile d’avoir une discussion rationnelle et dépassionnée sur le profit, les taux de marge ou le financement des entreprises. 


Ainsi, les Français restent de marbre face à la dégradation du taux de marge des entreprises. L’écart avec les entreprises allemandes est passé de 15 à 24 points de 2001 à 2010. Le rendement net après impôts des fonds propres est passé de 12 à 24 % entre 1999 et 2008 en Allemagne contre 4,6 à 6,2 % en France. 


Les entreprises françaises n’ont pas pu hausser leur production en raison de leur difficulté d’accéder à des ressources longues, en raison de bénéfices trop faibles. 


Les seules questions qui s’imposent en France sont celles du pouvoir d’achat et de la consommation quand il faudrait mettre en avant l’offre. Or, sans offre compétitive, il ne peut y avoir de consommation. Le principe keynésien de relance par la demande est usé et a vécu. 


Nos voisins ont mis en œuvre des plans d’assainissement de leurs finances publiques bien plus ambitieux que les nôtres mais surtout ils ont adopté des mesures visant à favoriser l’offre productive (diminution des contraintes pesant sur l’offre, sur le marché du travail, mesures en faveur de l’investissement…). 


L’idée de relocaliser l’industrie française obéît, certes, à une logique d’offre mais est complètement surannée. Le retour du made in France pour les chaussettes ou les chemises est une illusion voire une escroquerie. Sommes-nous prêts à amputer notre pouvoir d’achat pour de telles chaussettes ? L’avenir économique de la France passe-t-il par le retour de l’industrie de grand-papa ? Pourquoi alors ne pas rouvrir les mines ? Investir dans le passé ne rapporte rien. Les relocalisations ne peuvent être que très partielles et lier à une montée en gamme ou au recours à des technologies innovantes. 


Bien évidemment que l’industrie n’est pas condamnée en France mais cela suppose une modification du positionnement économique. Du fait de ses coûts mais aussi grâce à sa productivité, la France a, par définition, vocation à imiter l’Allemagne et à se positionner sur le premium. LVMH, Hermès, Airbus, Ariane Espace, Air Liquide et bien d’autres prouvent que les entreprises françaises peuvent occuper les créneaux du haut de gamme. C’est par l’innovation dans toutes ses formes que l’économie française peut redémarrer. 


Le protectionnisme constitue une grave illusion qui se répand à grande vitesse au sein de la société française. Le repli économique rime avec déclin et appauvrissement. La Chine en a fait l’amère expérience du 17ème jusqu’au 20ème siècle. La France contrairement aux idées reçues est moins ouverte sur l’extérieur que ses principaux partenaires économiques. Les échanges extérieurs représentent 71 % du PIB allemand contre 42 % en France. Les Allemands importent deux fois plus que les Français. La France ne joue pas suffisamment la carte de l’intégration commerciale. 


La tentation protectionniste serait suicidaire au moment où les pays émergents entament une mutation. De pays ateliers, ils deviennent des  pays de consommateurs. La Chine a enregistré des déficits commerciaux au début de l’année. Entre les infrastructures et des biens de consommation sophistiqués, les Chinois achètent de plus en plus de produits allemands, américains… La France a tout à gagner de cette évolution. Ce n’est pas l’heure de fermer les frontières mais bien au contraire de les ouvrir. Il ne faut pas oublier que les échanges entre deux pays sont les plus intéressants pour les deux quand ils ont des niveaux de développement proche. Les pays émergents font en un quart de siècle ce que les Européens ont mis 200 ans. Le passage d’une économie rurale à une économie industrielle et tertiaire à grande vitesse a été rendu possible par justement l’intégration mondiale, par l’existence de flux d’échanges permanents et par imitation des modèles existants.  


La France avec 56 % de dépenses publiques et 44 % de prélèvements obligatoires est un pays socialisé, voire étatisé. Il ne saurait y avoir de campagne électorale sans que les candidats promettent un rôle accru de l’Etat. La création d’une banque publique d’investissement ou le doublement du Livret A entrent dans la lignées des propositions colbertistes mais elles marquent également, par leur faiblesse, l’épuisement d’un discours né après 1945 et qui n’a été que peu renouvelé. Les candidats, à la différence de ce qui se passe au Royaume-Uni, en Espagne et en Allemagne, ne veulent pas ou ne peuvent pas s’affranchir d’un discours démagogique. Une fois les élections passées, après quelques mois d’euphorie, le retour aux tristes réalités s’imposera avec à la clef un ou plusieurs plans d’ajustement. L’absence de cohérence entre les promesses et les actes empêche la mise en œuvre de politique économique sur le long terme. L’adaptation au fil de l’eau prime sur l’application de réformes structurelles. 

La France et ses déficits : la balance des paiements courants du mois de février


Le déficit des transactions courantes a atteint, au mois de février, 5 milliards en février après un déficit de 4 milliards d'euros au mois de janvier.

La balance commerciale a été déficitaire de 6,6 milliards d'euros. La balance des services est excédentaire de 1,3 milliard d'euros. Les revenus des investissements se tassent passant de 3,1 à 2,6 milliards d'euros.

Les investissements directs se soldent par une entrée nette de 1,1 milliard d'euros du fait du recul des investissements français à l'étranger. Les investissements de portefeuille sont à l'origine de l'entrée de 18,5 milliards d'euros de capitaux générés par l'achat de titres publics et de titres d'entreprises de la part de non-résidents.

Les opérations de prêts et emprunts entraînent une sortie de 6,3 milliards d'euros.

mercredi 11 avril 2012

Quelle épargne en fonction de votre âge et de votre situation ?



Philippe Crevel a été interviewé par 20 minutes.fr au sujet des produits financiers à souscrire en fonction de son âge et de sa situation professionnelle ou financière.

Lire le papier sur le site de 20 minutes.fr  

mercredi 4 avril 2012

La fatalité des primaires


Au mois de novembre, la mode était aux primaires ; même certains élus UMP considéraient l’exercice incontournable pour désigner le bon candidat. Cet enthousiasme est-il justifié au regard des expériences passées en France ou aux Etats-Unis. Pas si sûr. 


Ainsi, Outre-Atlantique, la tradition veut que le Président sortant qui est désigné automatiquement par son parti l’emporte sur son challenger issu des primaires de l’autre grand parti. Certes, il y a des exceptions à cette règle. Ainsi, Gérald Ford fut battu par Jimmy Carter. Mais, il ne faut pas oublier que Gérald Ford avait succédé, en cours de mandat, à Richard Nixon. Il n’a pas été élu mais désigné du fait de la démission du Premier Vice-Président de Richard Nixon. Enfin, doté d’un faible charisme, il a touché par le scandale du Watergate. 


Jimmy Carter fut également battu par un candidat issu des primaires, Ronald Reagan. Cette défaite est également imputable à la faible envergure politique du Président sortant qui fut accusé de faiblesse au moment de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran. Il symbolisa le déclin américain.  


Le dernier cas est le moins explicable car il s’agit de la défaite du Georges Bush père qui n’arriva pas à capitaliser la victoire américaine sur l’Irak dans le cadre de la première guerre du Golfe. Les problèmes économiques eurent raison de sa réélection. Il avait, par ailleurs, en face de lui un candidat démocrate très charismatique. Il y avait aussi le fait que Bush père avait succédé à Reagan très populaire et qu’il apparaissait assez fade. 


En revanche, Ronald Reagan, Bill Clinton et Georges W Bush fils furent réélus sans problème. Nul ne voit aujourd’hui, Barack Obama battu au regard des premiers résultats des primaires américaines. 


En France, les primaires n’ont pas porté jusqu’à maintenant aux candidats qui en sont sortis vainqueurs. Ainsi, le PS n’a pas réussi depuis François Mitterrand à gagner l’élection présidentielle. En 1995 et en 2007 dans le cadre de primaires réservés aux militants, Lionel Jospin et Ségolène Royal furent battus. En 2002, Lionel Jospin, candidat naturel, le fut aussi.


En 1981, François Mitterrand aurait-il gagné s’il avait dû passer par le crible des primaires ? Il aurait du se battre comme un chiffonnier contre Michel Rocard ou contre Jean-Pierre Chevènement. Il aurait certainement gagné car il dirigeait alors le parti d’une main de fer mais il en serait sorti affaibli et fatigué. Les primaires essorent, nivellent les candidats. 


François Hollande échappera-t-il à la malédiction des primaires ? Réponse le 6 mai mais force de constater que le candidat socialiste éprouve les pires difficultés à se renouveler. Il apparaît usé avant l’heure décisive. Du fait de l’âpre compétition au sein du PS, François Hollande donne l’impression que sa victoire face à Martine Aubry était son graal et que la présidentielle est moins importante à moins qu’il ne pense que les portes de l’Elysées sont plus faciles à franchir que celles de Solferino.


Ségolène Royal avait manqué la dernière marche par arrogance et par la conjonction des opposants au sein du PS. Les battus des primaires constituent plus une 5ème  colonne que des alliés sûrs. Barack Obama avait su se prémunir de ce risque en installant Hilary Clinton au cœur de son dispositif politique. 


Les primaires ne garantissent pas le succès à l’élection présidentielle en raison de la banalisation du candidat, elle élimine tout effet de surprise obligeant le candidat désigné à gérer son capital voix et à faire le grand écart entre les promesses faites au sein de son parti et celles qu’il fait pour tous les Français. Gagner un parti n’est pas gagné la France ; capter les voix des militants et des sympathisants  même s’ils sont un ou deux millions n’est pas rassembler une majorité des électeurs, une quinzaine de millions de citoyens.

dimanche 1 avril 2012