mardi 17 janvier 2012

Populisme et protectionnisme, le retour des bêtes immondes



Le populisme se nourrit des crises. La France, depuis plusieurs années, n’échappe pas malheureusement à la règle, avec la montée au sein de l’opinion publique des vieilles recettes du repli sur soi et du bouc émissaire. Des idées, encore marginales il y a dix ou quinze ans, deviennent par lasse habitude, acceptables voire innovantes. Ces idées infusent l’ensemble de l’opinion. La démocratie nous protège mal de ces déviances comme le passé le prouve ; le système démocratique n’a pas de colonne vertébrale, il se croit roseau mais en réalité, il est constitué de porcelaine qui se brise au moindre choc.

L’étranger est le coupable idéal de tous nos maux. Ainsi, face à la compétition économique internationale, le protectionnisme est claironné non seulement par l’extrême droite mais également par de nombreux responsables issus des autres partis politiques.

Le terreau est favorable à la diffusion rapide des idées protectionnistes. Les Français n’ont pas la culture du libre échange commercial. Pourtant, les deux périodes durant lesquelles la France a connu l’essor le plus important correspondent à une intégration dans le commerce international, sous Napoléon III et durant les Trente Glorieuses. Rien ne sert de répéter que tous les pays qui ont décidé de se protéger ont connu le déclin, la tentation de fermer les frontières revient régulièrement sur nos côtes.

En 2011, la menace serait chinoise après avoir été japonaise dans les années 80. Il faut taxer les produits à bas coûts afin de maintenir notre système de protection sociale et punir ses travailleurs chinois, vietnamiens de nous voler notre travail. Nos idéaux de développement des pays autrefois appelés tiers monde se sont vite évaporés.

Ces slogans sont vains, pernicieux ; ils ne reposent sur aucun fondement tangible. En effet, il y a bien longtemps que nos textiles, que nos téléviseurs et autres pièces électroniques sont fabriqués en dehors de nos frontières. Les importations en provenance des pays à bas coûts ont contribué à la croissance de ces dernières années à travers des gains de pouvoir d’achat tout comme le recours à la dette publique. Une taxation accrue des importations, illégale par ailleurs, ponctionnerait les ménages français sans pour autant améliorer la situation de l’emploi. L’engrenage du protectionnisme aboutirait au contraire à des destructions d’emploi et à un appauvrissement généralisé.

Le problème de la France, ce n’est pas le niveau des importations qui est plus faible que celui de l’Allemagne mais celui de ses exportations qui reculent depuis une dizaine d’années.

Le problème n’est pas le coût du travail qui certes a progressé un peu plus vite que celui de notre voisin d’Outre-Rhin mais c’est celui du positionnement de nos produits. La France a manqué le virage de la spécialisation haut de gamme dans plusieurs secteurs industriels. La France a pourtant, avec le secteur du luxe, une réelle expérience en la matière. Les sociétés françaises n’ont pas réussi à élever le niveau de leur production pour les placer sur le créneau du premium. Les produits français sont à l’exportation concurrencés par des produits des pays émergents ou par des produits allemands de plus grande qualité. Ce n’est pas la TVA sociale qui inversera la donne, c’est par l’investissement et la montée en gamme que la France pourra reconquérir des parts de marché. La bataille des coûts est vaine si dans le même temps, il n’y a pas un repositionnement de notre offre.

L’Allemagne utilise bien mieux que nous les principes de la spécialisation en matière d’échanges internationaux. En effet, les entreprises allemandes importent essentiellement des pièces détachées pour effectuer les opérations d’assemblage sur le sol allemand. De ce fait, à notre différence, les Allemands privilégient l’euro fort pour réduire le coût de leurs importations et pour valoriser au mieux la qualité allemande.

Le protectionnisme ne concerne pas que les biens et services. Il s’immisce partout. Le refus de l’autre s’illustre également par la limitation du nombre d’étudiants étrangers en France. Evidemment, accueillir des jeunes venant étudier a un coût mais cela constitue un des fondements de l’université. Par ailleurs, former des étudiants étrangers en France constitue un vecteur important pour accroître la diffusion de nos valeurs et favoriser les échanges économiques et culturels.

Autre symbole du retour du populisme, c’est la tentation de nommer des bouc-émissaires. Ainsi, si la France a des problèmes, c’est la faute des agences de notation. Si la France est en crise, c’est la faute des Etats-Unis et du dollar. Or, a priori, ce ne sont pas les États-Unis qui sont responsables de notre déficit budgétaire qui depuis près de 40 ans ronge les bases de notre économie. La crise des subprime a peu impacté nos finances publiques, les prêts aux banques ayant été depuis remboursé. C’est bien la dette publique qui a servi à masquer la dérive des dépenses publiques qui est responsable de la spirale du déclin dans laquelle nous nous débattons. Depuis dix, vingt voire plus, de nombreux experts ont répété que la dette n’était pas soutenable à long terme. Est-ce la faute des Etats-Unis, si les fruits de la croissance des années 1997/2000 ont été redistribués quand bien même le budget de l’Etat était déficitaire. La France n’a jamais mené à son terme tous les programmes d’assainissement de ses finances publiques depuis 1981. Faut-il alors s’étonner que les agences de notation doutent de la capacité des gouvernements de réussir l’actuel plan selon lequel nous devons passer de 5,7 % de déficit public à 0 % de 2011 à 2016 ?



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